À Lancaster, en Californie, T Massari a passé une grande partie de sa vie à fabriquer des machines à bobines à la main. Quand le marché a basculé, il n’a pas acheté de pièces toutes faites pour suivre la tendance : il a réappris son geste autrement, en impression 3D. La Coffin Rotary est née de là.
Crédit photo : Electric Soul Tattoo
T Massari tatoue depuis 2003, soit bientôt vingt-cinq ans de métier. Son studio, Electric Soul Tattoo, ouvert à Lancaster en 2005, a fêté ses vingt ans. Son tatouage a une saveur American Traditional, mais il touche à beaucoup de styles, avec une préférence assumée pour les pièces nettes et le lettrage. Sa ligne directrice tient en une phrase : des lignes solides, un ombrage le plus lisse et régulier possible.
C’est important pour comprendre la suite : Electric Soul n’est pas une marque pensée par un bureau d’études. C’est du matériel conçu par quelqu’un qui tatoue tous les jours, pour résoudre ses propres problèmes de tatoueur.
En 2007, T s’associe à Brad Swinson, un machiniste chevronné. Electric Soul Tattoo Machines voit le jour. Pendant une quinzaine d’années, le duo vend des milliers de machines à bobines 100 % faites main, partout dans le monde.
Et « fait main » veut vraiment dire fait main : châssis coupés, fraisés, soudés et meulés à la main, binders et barres d’armature façonnés un par un, noyaux de bobines découpés et bobines enroulées à la main. Ils fabriquaient même leurs propres vis de contact à partir de fil de cuivre. Une obsession du détail héritée d’un principe simple, répété à T depuis l’enfance : si tu fais quelque chose, fais-le au mieux de ce que tu sais faire.
Crédit photo : Electric Soul Tattoo
Au fil des années, les ventes de machines à bobines se sont tassées. Beaucoup de fabricants se sont alors mis à assembler des pièces achetées toutes prêtes. T et Brad, eux, n’étaient pas à l’aise avec cette idée : leur métier, c’était de tout fabriquer, pas d’assembler. Plutôt que de trahir cette manière de travailler, ils ont fermé l’atelier de machines. Brad est parti s’installer en Arkansas.
T, lui, est resté en Californie. Toujours derrière sa machine, toujours en train de chercher comment faire mieux.
Le déclic est venu d’un agacement de terrain : T en avait assez de monter trois ou quatre machines pour une seule pièce. Un liner, un shader, un mag pour la couleur… À chaque tatouage, le même rituel de réglages. Il a essayé des stylos haut de gamme, mais beaucoup tournent sur une seule course et leur moteur « pancake » manque de puissance pour claquer de grosses lignes au round shader. Et il préférait la sensation d’un tube et d’un grip.
Alors il s’est mis à l’impression 3D pour se fabriquer la machine qu’il voulait. Après quinze ans de bobines, le plus dur était fait : il s’agissait surtout de convertir ce qu’il aimait dans une bobine en tours de moteur électrique. Il a cherché le bon moteur, puis ajouté un came réglable. Résultat : la Coffin Rotary, et une course réglable au doigt de 1 à 5 mm, sans outil — là où la plupart des machines sont figées sur une seule course, souvent autour de 3,6 mm, ou plafonnent à 4,2 mm.
Crédit photo : Electric Soul Tattoo
Côté fabrication, la Coffin Rotary est imprimée dans un matériau résistant, à châssis et étau infusés de fibre de carbone. Elle se nettoie aux lingettes désinfectantes sans crainte d’abîmer la finition, et pèse environ 100 grammes : l’une des machines les plus légères du marché. Son moteur de marque japonaise est prévu pour tourner jusqu’à 30 volts ; en usage courant, on en exploite à peine une fraction. De quoi claquer de grosses lignes comme remplir une couleur, ou redescendre en tension et en course pour des lignes douces et un ombrage très régulier.
La Coffin Rotary se décline en quatre modèles. L’OG est la version d’origine. La C2 adopte un mouvement linéaire de la barre d’armature et fonctionne aussi bien avec des cartouches qu’avec des barres d’aiguilles à l’ancienne — certains la préfèrent justement pour ça. La C3 complète la gamme, et T propose en plus de nombreux coloris ainsi que des pièces custom.
Crédit photo : Electric Soul Tattoo
Chaque machine est imprimée, inspectée et assemblée par T lui-même. Il assume le mot : perfectionniste. Et il garde toujours du stock dans tous les coloris.
La machine est le cœur d’Electric Soul, mais T ne s’arrête pas là. Il fabrique aussi ses cordons RCA renforcés, ses adaptateurs et ses pédales. Autour, il a développé sa propre gamme de consommables : des cartouches pensées « true to needle bar size » — un groupement d’aiguilles aussi net qu’une barre bien soudée, pour éviter les lignes fines et tremblotantes — et des grips, fabriqués selon ses spécifications.
Crédit photo : Electric Soul Tattoo
L’ensemble dessine la cohérence d’un builder qui construit tout son poste de travail, du moteur à l’aiguille, plutôt qu’un produit isolé.
Electric Soul, c’est l’histoire d’un savoir-faire qui ne disparaît pas, il se transforme. Quinze ans de bobines faites main ne se sont pas effacés le jour où le marché a changé : ils se sont réinvestis dans une rotative imprimée en 3D, légère et polyvalente. C’est exactement le genre de continuité que Solutat aime documenter — un geste qui se transmet, pas une rupture.
C’est aussi un builder indépendant, qui fabrique encore lui-même, à la main, dans son atelier. Le type de travail qui mérite d’être vu avant de devenir une évidence pour tout le monde.
Electric Soul Tattoo Machines — T Massari
835 W Ave J, Lancaster, CA 93534 · Machines : @estmachines · Tatouage : @T_Massari · estmachines.com · electricsoultattoo.com Découvrir ses machines